Incorrigible
que je suis, après avoir juré mes grands dieux que je ne lirais
plus de sombres bouses Kingiennes (jusqu'à ce que qu'on m'offre le
spectaculaire Dôme), je replonge en continuant "Histoire de
Lisey" (prononcer Lissi), entamé il y a à peu près trois ans
et jamais fini jusqu'alors. Je soupire en reprenant le bouquin, et
essaye de me faire violence pour en finir au plus vite.
Lisey,
veuve inconsolable d'un écrivain à succès, Scott Landon, décide
un beau jour de vider le bureau de son mari défunt. C'est le début
d'une journée de cauchemar, entre sa soeur Manda qui pète les
plombs et tombe en catatonie, ses souvenirs (gais et moins) qui
l'assaillent à chaque carton rempli, et des coups de fils de fans
extrémistes qui veulent à tout prix récuperer les manuscrits
jamais publiés. Lisey pourra-t-elle enfin tirer un trait ?
+
ce que j'ai aimé dans le livre :
-La
justesse dans la description de tout ce qui constitue une histoire
d'amour. On vit dans chaque détail révélé la souffrance, le
manque, la torture qu'est la disparition d'un être ardemment aimé.
Le moindre objet, la moindre habitude, la moindre expression
familière fait ressurgir la douleur, sourde, lancinante et
finalement terrassante.
-La
traduction : ahhhh, du vocabulaire nouveau ! Non homologué, certes,
mais qui apporte quelques nuances de taille, étant donné le
caractère exceptionnel de la vie passée de Scott Landon. Les
sonorités - qui relèvent pour moi de la poésie - roulent sur la
langue, et l'on se prend à utiliser ce nouveau vocabulaire en cas de
bien bonne blague (un bien bon nard, comme dirait l'autre...) Cette
idée de mare aux mots où tout un chacun peut aller puiser son
propre langage m'a beaucoup plu, aussi.
-Les
personnages : peu nombreux, on a pour une fois pas à trop se casser
la tête pour resituer tel ou tel gugusse, même après avoir lâché
le bouquin pendant près de trois ans. Ils sont cependant peu
fouillés, tels le GROS méchant, qu'on voit peu, qui laisse planer
son ombre, et ne frappe finalement qu'un seul grand coup, au nez et à
la barbe de la police, qui est quand même bien ridiculisée. Quoi
qu'il en soit, j'ai apprécié ce dépouillement des personnages.
-
ce que je n'ai pas aimé :
-Na'ya
Lune : pfouh, vraiment. Encore un monde parallèle dont je me serais
bien passée. Le foutoir vaguement ésotérique concernant le pouvoir
des objets (le bout de couverture jaune, la bêche en argent, etc),
je peux encore le concevoir, les énergies positives ou négatives,
aussi, mais Na'ya Lune n'est tout simplement pas digne. Le petit gars
long m'a plus que déçu également.
-Le
méchant : merte alors, on en tenait un bon là, un écorcheur de
mamelons, un pur, un dur, un bon gros vieux dingue buté, méchant,
et rusé. Et badaboum, négocié en trente pages chrono, par une
vieille veuve et sa perchée de frangine. Non. Non. Non. Il méritait
plus, et mieux, et ... Déçue je suis.
-La
longueur : on avait de quoi faire une longue nouvelle excellente,
sans redites, sans passages traînants, sans sensiblerie extrême. A
la rigueur, on aurait pu déjà virer tout ce qui concerne Scott, son
passé, ses blessures, sa tristesse, sa crapouasse. Franchement, ça
m'a saoulée, et c'est aussi pour ça que je n'en ai encore rien dit,
mais l'enfance de Scott, on s'en tape !!! Ca n'ajoute ni n'enlève
rien au problème de Lisey, qui est, en substance, de se débarrasser
du cinglé. Et ça nous aurait évité les interminables cinquante
dernières pages.
Il
m'aura fallu plus de trois mois pour lire 500 pages, un scandale pour
ce bouquin qui n'est pas si mauvais que ça, quoique pas génial.
C'est du King en demi-teinte, qui aurait dû se concentrer davantage
sur Lisey, et laisser de côté le sombre passé de Scott. En somme,
c'est pas terrible, mais c'est pas nul. A fourrer à côté de Rose
Madder, Sac d'os et autre petite fille qui aimait Tom Gordon. Pour
les fans uniquement, et peut-être même pas, si on veut éviter le
désarroi total arrivé en bout de (longue) course.

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